N°851

Déposition faite par Camille Lefèvre.

Le samedi, vers 6 heures du matin, ayant appris que des uhlans venaient d’être tués par les hussards français, poussé par la curiosité, je me rendis avec quelques compagnons au-delà de la gare pour voir ces premiers morts. Mal nous en prit, car, arrivés à l’extrémité du village, il nous fut pour ainsi dire impossible d’avancer ou de reculer, la bataille battant son plein. Nous nous réfugiâmes dans la dernière maison, mais celle-ci ayant été touchée par un obus, prit feu.

En nous sauvant avec quelques soldats français blessés, nous sommes surpris par des Allemands qui nous arrêtent et nous conduisent près du pont des Arminies. Nous étions exactement dix-sept civils. On nous lia à tous les mains derrière le dos, puis les soldats nous fouillèrent, sans rien trouver de compromettant sur nous. Avec nous se trouvaient également Mme Léger-Stiernon et ses deux enfants. Tous ensemble, sous bonne escorte, nous fûmes conduits dans la direction du vieux Laclaireau, puis on nous fit prendre à gauche un petit chemin qui rejoint la route d’Ethe à Buzenol, en nous arrêtant au lieu dit « Fond de Jevé ». Nous y passâmes la nuit, couchés sur la dure.

Le dimanche matin, les soldats nous forcent à nous lever et nous lient tous ensemble par les mains au moyen d’une grande corde, à l’exception des prisonniers français et de Mr Léger ainsi que de ses deux enfants. Un officier vient à passer et me fait délier, me jugeant probablement trop jeune; je n’avais alors que treize ans. Ceux qui ne sont pas liés s’éloignent sous la conduite de soldats allemands, tandis que les autres nous crient leurs adieux. Nous avons à peine fait quelques mètres que j’entends le crépitement d’une mitrailleuse; je me retourne et je vois mes seize compagnons couchés par terre. On tira encore quelques coups isolés, probablement pour achever les blessés.

Notre groupe fut dirigé sur la ferme de Bar, où je rencontrai d’autres civils d’Ethe et nous fûmes ensemble conduits à Arlon, où l’on nous sépara des soldats français. Nous dûmes comparaître devant un conseil de guerre, sous l’inculpation de francs-tireurs, mais reconnus innocents, nous fûmes rendus à la liberté.

Je rentrai à Ethe le vendredi. Je ne devais plus y retrouver ni mon père, ni mon frère, fusillés tous deux le lundi matin au « Ruau » et notre maison avait étéincendiée.

Voici les noms des seize victimes fusillées au « Fond de Jevé » :